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Notre-Dame de la Légion d'Honneur
Historique de la construction (3)

 


L'inondation

Si les crues de la Loire se produisent généralement en fin d'année à cause des pluies océaniques, puis en février-mars au moment de la fonte des neiges, celles de fin de printemps ne sont pas exceptionnelles.
Le XIXe siècle semble avoir été marqué par des crues décennales d'une importance particulière.

A Saumur, après les inondations de 1799, on pensait avoir atteint un record en 1843 (6m70).
Celui-ci sera pourtant largement battu par deux fois : en 1866 (6m90), et surtout en 1856 (plus de 7m).
A côté, les crues du siècle dernier (6m40 en 1910 et 1986) paraîssent presque comme anecdotiques.


Inondation La Chapelle

En cette année 1856, le matin du 4 juin, le niveau atteint plus de 7m au pont de Saumur.
On s'attend encore à une montée des eaux quand le niveau s'abaisse brusquement en cours d'après-midi.

La cause en sera vite connue : à 4h40 la nuit précédente à La Chapelle-Blanche (aujourd'hui La Chapelle sur Loire), la Loire a ouvert dans la levée une brèche de près de 200m, et les eaux qui s'y engouffrent vont progressivement, au cours des jours suivants, inonder toute la vallée de l'Authion.

Le 5 juin, le flot franchit franchit la route de Saumur à Vernantes vers 4h du matin ; Longué est submergé dans l'après-midi, et Beaufort à 6h du soir.
Le lendemain, ce sont les carrières de Trélazé qui seront envahies.



L'évacuation

Route coupéeLe livre de Charles Baussan "Notre-Dame de la Légion d'Honneur" relate de façon détaillée comment l'inondation fut vécue par les habitants de Longué, et la conduite exemplaire de leur curé, l'abbé Massonneau, pendant ces journées.
Une grande partie des lignes ci-dessous en est directement inspiré.

L'abbé Massonneau n'était pas homme à se croiser les bras au moment d'une calamité publique.
Le jeudi 5 juin, à sept heures du matin, aussitôt les messes dites, il partait avec ses deux vicaires, l'abbé Machefer et l'abbé Ménard, avec René Brard, Alexis Gabiller, Pineau, le peintre Maillard et son ouvrier, et une quarantaine d'hommes.
Il parcourait les endroits de la campagne les plus menacés par l'inondation. Il faisait hâter les déménagements et aidait au besoin.
Le curé de Longué était la tête et il était en tête. Plus que tout autre il payait de sa personne.

Après de longues heures de travail, on croyait avoir sauvé tous les inondés.
Le silence s'était fait partout, on n'entendait plus que le bruit des eaux mugissantes, et, au loin, le tocsin des communes voisines qui luttaient à leur tour contre l'inondation.
Tous les sauveteurs étaient réunis sur les hauteurs de Longué, épuisés, haletants, heureux d'avoir fait leur devoir.

Mais le curé ne revenait pas !
Où était-il ?
Que s'était-il passé ?


Le sauvetage

A ce moment, l'abbé Massonneau se trouve encore avec quelques autres sauveteurs pour aider un aveugle à descendre de son grenier et le mettre à l'abri sur la route.
Mais il n'y a plus de moyens de transport.
Il reprend en courant le chemin de Longué pour en ramener une voiture.
A peine a-t-il fait quelques centaines de pas qu'on lui crie : "La route est coupée !"
L'eau arrive, en effet, et au pas de course.

CharretteLe curé de Longué et tous ceux qui l'entourent se précipitent vers une hauteur, mais le torrent court plus vite qu'eux ; il les rattrape ; ils ont de l'eau jusqu'à la poitrine.

"Monsieur le curé, dit un des hommes, je n'irai pas plus loin, je meurs".
L'abbé Massonneau lui saisit le bras et le traîne malgré lui.
Mais il sent lui-même ses forces s'épuiser, la respiration lui manque.
Heureusement, une charrette les rejoint.
Le curé et les deux ou trois hommes qui sont en ce moment avec lui se mettent derrière : ils ont ainsi moins de peine à avancer dans l'eau ; la charrette coupe le courant.

Chemin faisant, ils rencontrent des hommes grimpés en haut des peupliers ; l'abbé Massonneau va d'un peuplier à l'autre, les confesser.
Mais d'autres ne sont juchés que sur des arbres trop bas ou dans des creux de terrain, et l'eau les gagne.
Le curé de Longué et tantôt l'un, tantôt l'autre de ses compagnons, vont les arracher à la mort au péril de leur vie, et les ramènent avec eux derrière la charrette.

Tous poussent à la roue. Mais on est loin du rivage de cette mer qui grandit toujours.
Le cheval n'avance plus.
"Montons tous sur la charrette", dit le curé.
Ils y sont sept.

Et l'eau monte toujours, elle dépasse maintenant l'essieu.
Le cheval se noie.
Heureusement ses jambes se raidissent, l'immobilisent, et la charrette conserve son équilibre.

On est là à un endroit un peu élevé de la route, près de la ferme du Haut-Chemin.
Deux ou trois autres charrettes, pareillement chargées, ont rejoint la première.
Trois heures se passent, aucun secours.

Alors l'abbé Massonneau monte sur le petit tas de foin qui se trouvait dans la charrette, il lève la main et il donne l’absolution aux vingt-sept personnes qui l'entourent...
Et tous font silence...

Tout à coup, une petite barque apparaît.
On oblige l'abbé Massonneau à y monter le premier, pour qu'il puisse aller organiser les secours.
Il le fait avec regret ; mais sous son poids, elle s'enfonce et commence à couler.
Chaussures, chapeaux, tous les moyens sont bons pour écoper, et on parvient finalement à la remettre à flot.

Après cinq minutes de navigation dangereuse, l'abbé Massonneau s'aperçoit que l'eau n'est plus très profonde ; il y saute et il court à Longué, faisant appel à ceux qu'il rencontre.
On improvise des radeaux, on va chercher des barques, et deux heures plus tard, ses vingt sept compagnons d'infortune sont sauvés
Quelques heures plus tard, le courant renversait les charrettes et les emportait.

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Association Notre Dame de la Légion d'Honneur - mis à jour le 21/12/13
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